dimanche 21 décembre 2008






Trouble's approaching my face (yes it does)
The lock is being broken by
An incomparable force (I'd say a menace).
Yes, it's slowly opening, like a birth,
like the creation of life, as if the entire 
door was the gate of existence - the eternal
Bond to a constantly moving universe.
I'm shivering (yes I do), because it's almost there,
Before my eyes. There's a noise, rejecting from itself any 
Possible description, rejecting all meanings I try to give
It. It makes me tremble more than the look of the lock,
Whick took, takes and breaks my fading bravery.
My, oh my, it's wide open and filled with smoke.

Far away in this reversed image, water shines in the sky 
And earth's raging down the air - laughing cats are playing
The bass guitar 
And books falling high from the stars (I swear it, I really do).
Thus far, I can't say I'm really surprised,
Desire had been pushing
The lock to show me,
And to tell you
That we could
Really (sure)
Escape.



lundi 15 décembre 2008




Sound of night
Ink of all
Meaningless past
Of thy burning light

Circles of snow
Ways to death
Squares of rain
Lines to grow

Movements they share
Writing down the stars
Present acknowledged
Looking for thy glare

-------------------------------

Yet Orpheus faces
Eternal punishment,
Turning back on
The growing shadow
Of the tempest strings,
Thy lyre is about to dance,
Cross
And crush the green
Riverbanks.


(Edition I)


jeudi 11 décembre 2008



  • " He couldn't help but feel he was wandering through Chaos; again and again..." 

                Aeroplane, Haruki Murakami


  • " Séjournant au temple, mon visage illuminé, contemple la Lune " 

               Cent onzes haïkus, Bashô


  • " Quand nous désirons quelque chose, l'univers entier conspire en notre faveur " 

               L'Alchimiste, Paolo Coehlo


  • " This feather stirs - she lives !

             If it be so, it is the chance which

             does redeem all the sorrows

             that I ever felt "                        

              King Lear, Shakespeare


  • " Il apprendra lui aussi... Nous ne savions pas que nous étions au Monde - Même exister cela s'apprend "            

              Le chevalier inexistant, Italo Calvino


  • " Par qui j'ai aimé

            Oubliée depuis longtemps

            sur mes manches tombe

            une pluie qui sait mon sort

            et jamais ne cessera "  

            Journal et Poèmes, Izumi-Shikibu


  • " Son regard est pareil au regard des statues,

             Et, pour sa voix lointaine, et calme, et grave, elle a

             L'inflexion des voix chères qui se sont tues "  

              Poèmes Saturniens, Paul Verlaine


  • " Tu es assis au bord du Monde,

             Et moi dans un cratère éteint.

             Debout dans l'ombre de la porte,

             Il y a des mots qui ont perdu leurs lettres. "  

              Kafka sur le rivage, Haruki Murakami

 

" Je commence à être las du Soleil et souhaite que se casse la syntaxe du Monde, que se mêlent les cartes, les feuilles de l'in folio, les fragments de ce miroir du désastre. "                                                                                               

 Le Château des destins croisés, Italo Calvino




La Flamme d'une chandelle

  •  " La flamme nous force à imaginer "
  • " Un être rêveur heureux de rêver, actif dans sa rêverie, tient une vérité de l'être, un avenir de l'être humain "
  • " Tout rêveur de flamme est un poète en puissance. Toute rêverie devant la flamme est une rêverie qui admire."
  • " La flamme est un monde pour l'homme seul."
  • " La flamme illustre la solitude du rêveur; elle illumine le front pensif. La chandelle est l'astre de la page blanche."
  • " Où a régné une lampe, règne le souvenir."
  • " La flamme est un sablier qui coule vers le haut. Plus légère qu'un sable qui s'écroule, la flamme construit sa forme, comme si le temps lui-même n'avait toujours quelque chose à faire."
  • " Devant une flamme, dès qu'on rêve, ce que l'on perçoit n'est rien au regard de ce qu'on imagine."
  • " On ne lit plus dès qu'une lecture sollicite un rêve."
  • " La flamme bruit, la flamme geint. La flamme est un être qui souffre. De sombres murmures sortent de cette géhenne. Toute petite douleur est le signe de la douleur du monde."
  • " La poésie est un émerveillement, très exactement au niveau de la parole, dans la parole, par la parole."
  • " La page blanche ! Ce grand désert à traverser, jamais traversé."

 

La Psychanalyse du Feu

  •  " Quand il s'agit d'écrire des sottises, il serait vraiment trop facile de faire un gros livre."
  •  " Si tout ce qui change lentement s'explique par la vie, tout ce qui change vite s'explique par le feu."
  •  " Le feu couve dans une âme plus sûrement que sous la cendre."
  •  " Le rêve chemine linéairement, oubliant son chemin en courant. La rêverie travaille en étoile. Elle revient à son centre pour lancer de nouveaux rayons."
  •  " Le rêve est plus fort que l'expérience."
  •  " L'amour n'est qu'un feu à transmettre. Le feu n'est qu'un amour à surprendre."

 

L'Eau et les Rêves

  •  " La mort de l'eau est plus songeuse que la mort de la terre : la peine de l'eau est infinie."
  •  " Au fond de la nature pousse une végétation obscure; dans la nuit de la matière fleurissent des fleurs noires. Elles ont déjà leur velours et la formule de leur parfum."
  •  " Dans la bataille de l'Homme et du monde, ce n'est pas le monde qui commence."
  •  " C'est en se tenant assez longtemps à la surface irisée que nous comprendrons le prix de la profondeur."

 

 L'Air et les Songes

  •  " L'Homme en tant qu'Homme ne peut vivre horizontalement. Son repos, son sommeil est le plus souvent une chute."
  •  " Imaginer c'est hausser le réel d'un ton."
  •  " Il faut que l'imagination prenne trop pour que la pensée ait assez."
  •  " Allons chercher nos images dans l'oeuvre de ceux qui ont le plus longuement rêvé et valorisé la matière : adressons nous aux alchimistes."




Elle se cogna. Et encore, encore, et encore. Elle n’arrêtait pas de se heurter à ces murs décrépis, lavés par les averses du ciel triste. Ses pieds foulaient cette ruelle investie d’une neutralité effrayante, elle ne l’aiderait pas dans son tourment, elle était indifférente, c’est ça : la ruelle était indifférente. Sa respiration était forte, chaque inspiration était une douleur, chaque expiration tentait de parler aux murs, qui immédiatement, absorbaient un propos évanoui dès sa naissance. Les bruits de la ville la submergeaient, les klaxons, les moteurs, les conversations des passants, perceptibles au loin, étouffées par les parapluies. Cette pluie martelait le sol, le perçait en ondes qui engendraient d’autres ondes, et cela ne se terminait jamais.

Elle trébucha et tomba lourdement par terre. Au tapis d’eau s’étendant sur le sol, elle offrit l’eau qui perlait de ses yeux. Elle se releva péniblement et s’adossa à un de ces murs antipathiques, puis elle regarda une fois de plus ses mains teintées de rouge. Le sang ne voulait pas partir, le ciel avait beau laver la ville de ses péchés, il n’arriverait sans doute jamais à effacer celui ci. Les sanglots revinrent une fois de plus à cette vision. Le sang ne voulait pas partir. Et son esprit fut un pot pourri d’idées qui transmettaient la peur entre elles, comme si tout avait été contaminé par cette double trace rouge. Qu’allait elle traverser maintenant ? La police se mettrait elle à sa recherche ? Qu’allaient penser les autres, ses amis, sa famille ? Le monde avait basculé. Elle se tenait accrochée désespérément à un plan qu’elle avait éclaté, le paradigme de son existence était bouleversé. Et elle en était terrifiée. Les bruits s’estompèrent un peu autour d’elle, tout était devenu un peu plus calme, un peu plus mort.

Elle avait commis un meurtre, elle avait assassiné quelqu’un. Sa propre main avait abattu le poignard et déchiré la Vie. Elle claquait des dents et tremblait de tout son corps, pétrie par le froid et l’angoisse. Et elle s’exila dans le passé, elle nourrit son esprit de souvenirs doux, de réminiscences qui la réchaufferaient un petit peu.

Et le vent frais souffla dans ses cheveux tandis qu’elle faisait de la bicyclette avec son frère, suivant le sentier de la maison de campagne. Le pain tout chaud, la mie pleine de réconfort que sa mère lui tendait dans ses mains jointes. Et elle s’accroupissait pour embrasser ce petit bout de chou qu’elle aimait tant. Les tartes aux abricots à la pate croustillante qu’elle aimait tant manger au goûter. Elle se rappela la balançoire qui était derrière le vieux saule, le va et vient qu’elle faisait après dîner, baignée par la lumière du couchant. Puis les sorties dans les cafés avec ses amis de lycée, cette ambiance chargée de nostalgie - quand nous y repensons tous à un certain moment, notre seul péché refoulé par le passé, une envie qui liquéfie la chronologie (c’est cette chaîne de pensées, d’évènements et de fragments nostalgiques qui sont les fondements du flux de vie).

Le ciel gronda avec fracas, le bleu enlaça la terre et les immeubles. Le coup de tonnerre sonna encore comme un glas à ses oreilles, ses yeux se détournèrent de ce passé dans lequel elle s’était réfugiée un court instant. Elle re bascula dans la réalité avec violence, laissant le goût irrémédiablement illusoire des abricots confits dans sa bouche. Et elle le vit, cette grande silhouette mouvante de chaque instant, il était au fond de la ruelle, là ou celle ci débouche sur la rue. Le futur se tenait là, montrant ses trente-deux dents, vainqueur de l’incertitude, l’ultime avatar de l’instabilité. Notre poupée de chiffon se sentit écartelée par les chaines de la cause et de la conséquence, prise dans un engrenage qu’elle avait actionné malgré elle, et dont le mouvement était maintenant impossible à endiguer.

Elle se releva. De ses cheveux tombaient les gouttes du ciel triste, qui à leur tour s’écrasèrent sur le sol. Elle posa sa main sur le mur, et y laissa une trace rouge, comme l’on voit souvent de ces empreintes sur les parois des grottes préhistoriques. Mais cette empreinte là n’était pas le berceau de l’art, ni un témoignage de l’histoire, c’était la flaque verticale d’un esprit qui portait une culpabilité sans pareille. Le fardeau d’un meurtre.

Elle avança, lentement, vers le fond de la ruelle, et ne se retourna pas. Car elle savait très bien qu’elle ne pouvait pas faire demi tour, elle ne pouvait pas retourner d’où elle venait. Elle avait au moins appris ça, elle ne retournerait pas dans l’ombre. La pluie lui battait le visage. Elle avançait. Ses dents claquaient toujours à cause du froid démesuré. Elle avançait. L’espace vers lequel elle se dirigeait accueillerait les conséquences de son acte. Elle avançait. En définitive elle avança encore et encore. Et au creux de ses oreilles siffla le cri arraché par le poignard qu’elle avait jeté dans une poubelle un peu plus tôt. Et ses yeux se voilèrent de  l’image d’un cadavre étendu sur la moquette de la chambre à coucher se vidant progressivement de son sang. Elle se revit faire quelques pas en arrière, claquer la porte et courir dans les escaliers de l’immeuble comme pour échapper à une malédiction. Puis une voisine, alertée par le cri, entra dans l’appartement et y trouva un homme gisant dans un lac noirâtre. Elle avait crié à son tour, et avertissant les autres voisins, puis le concierge, les sirènes stridentes de la police n’avaient pas tardé à retentir dans tout le quartier. Ils se mirent activement à rechercher la compagne du mort, que le concierge n’avait pas vu sortir de l’immeuble. Ils cherchèrent, cherchèrent et cherchèrent des heures durant, puis l’un d’eux trouva la porte de service entrouverte. La pluie commençait alors à tomber. C’est une poupée de peur qui s’éloignait en courant, à travers ce dédale de ruelles,  tenant fermement l’arme à la main. Et elle se cogna, encore, encore et encore. Quelques murs entendirent un bruit d’acier retentissant dans une benne, puis leur silence fut troublé par cette femme qui courait, courait et courait encore. Rien à faire se dirent ils alors,  le sang ne partirait pas.

mardi 30 septembre 2008



I fell into the paradox,
To begin with - the burst of symmetry,
The cutting edge was torn into pieces.
Waters from all withering colors began to
Gather in the hurricane - bringing uneasiness
From ancient times, where
Red was the true color of clouds
Grey was the standing flag for despair,
Where eventually Blue was a movement,
The silent running train of lost men,
The unique color of Odysseus' eye.
The old greek looked at me in the storm,
His sentence broke the axis - and
Traveled through my mind :
" That makes no difference,
You're already dead. "


(Edition I)

samedi 5 avril 2008





Tournant le dos au temple de la musique.
       Les Rondes, les Noires, Les Croches ,
                  Autant de puces sautillant dans cet océan de lignes -
           Donnent à ma vie la portée qui la régit.
    Les Soupirs, infiniment proches du Silence du Monde,
        Me catapultent
                                  rêveur
                    Au dessus du dôme empli de lumières. Lux -
            Les rats sont des cygnes,
     La clé de mon existence semble s'accorder insatiablement 
Au rythme des cordes légères - Finesse.

                                Je suis une géométrie des couleurs
                                       Transcendée par les flots assonants,
                                                  Comme éternels.






L’écrin de Rouge, la montagne Bleue, le souffle du Jaune. La Nature naturante brûle de mille feux. Le violon longe le Silence, le chœur retentit comme une onde aquatique dans tout son esprit. Le Frisson… Oh ? Le Frisson ne vient pas ? Pas encore. La Vie explose dans sa tête, il se sent vivant, et à ce moment précis, il sait qu’il peut accomplir Tout et Rien, il s’élève de parmi les astres - Miserere.

Le lac se brouille et les rochers tombent de la falaise, la fuite des temps parvient à sa croisée. Il enterre vite ses amours dans le sable, il espère les retrouver plus tard, un souvenir qu’on enfouit au plus profond de soi pour qu’il explose de lui même dans le futur. Tout se fond : les citations, les évènements, ses propres mots. La frontière devient ténue et l’horizon s’écroule sur la ville. Les grandes vagues de Rouge viennent s’abattre sur le rivage, les roseaux Jaunes semblent murmurer à la lune Bleue la réponse des Arcanes. Je suis pris dans les lumières qui s’éteignent, et cette silhouette qui repart dans le Tartare. Eurydice doit elle encore m’échapper ? Goûte le Bleu, Vis le Jaune, Dilue le Rouge. Délecte moi des couleurs et allonge toi sur le violon languissant - Miserere.

 Ni Ciel ni Terre dans ma tête, j’ai 20 ans ou 1000 ans, quelle importance. 

Le Frisson... Oh ? Le Frisson ne vient pas ?


( Edition I - D'après Promised Plan, Yuki Kajiura )

vendredi 4 avril 2008





Elle était là, sa beauté étouffée par la part du feu.
La conscience, seul endroit, rendez vous brumeux;
La nuit étreint mon désir, je transpire à grosses gouttes.
Que tu es belle, et pourtant
Pour Réalité si dure est elle;
Le fauteuil m'observe, le lapin fuit.

***************************************************

La spirale de tes cheveux, la perte de mes sens

***************************************************

Le son du mot, l'hymne du soupir, 
Le murmure de la phrase sacrée,
Donne moi la cerise et embrasse moi de tes
chuchotements.



mercredi 23 janvier 2008



Quelle étourderie ! Virginité bafouée
De cette feuille par une sombre tache !
Quelle idiotie ! La priver de la volupté
De mots doux et bien écrits,
Phrases courtes ou à rallonge,
Majuscules, minuscules et encore
Points, virgules, merveilleuse ponctuation !

Mais non, l’encre folle se libère et se promène,
Décide seule de souiller un nouvel hymen
Qui aurait pu apporter tant !
Laissez la trente secondes et voilà
Ce que cela donne, Madame s’en va
Et cause, la mine bien moqueuse, une onde
De choc dévorante, riant de son irréversibilité.
Point de vide et d’abstraction, le noir de jais
S’empare peu à peu de la contrée d’Ivoire,
Un fleuve de nuit coule sur la banquise,
Et moi, silencieux, apprécie d’un œil rêveur.

Sorte de continent fissuré, la feuille plutôt
Mécontente, ne sait plus que faire de sa dignité,
Elle a tort, pourtant ! Car loin d’être infructueux,
Cet arrangement plutôt bizarre insuffle à mes yeux
Ebahis, l’image haletante d’un contraste en mouvement,
Une étoile d’ébène explosant dans un grand silence blanc,
Un univers satiné glissant doucement vers un espace vide,
Une expansion magistrale à laquelle il faut reconnaître
La force du vainqueur : point de mots, de phrases
Ou de ponctuation, tout s’est joué sur une simple
Prolifération.

Chapeau bas Madame, le goût sucré du langage
Sera pour une autre fois, je laisse à votre seigneurie
La spontanéité, la sauvagerie et l’envie démesurée
De gagner, de posséder et de revendiquer le droit
Légitime d’exister, sans être l’objet d’une manipulation,
Servir d’outil ou d’eau de Plume, c’est tout à votre honneur,
Chapeau bas, Madame, chapeau bas.

Quant à la dignité de notre feuille, celle-ci attendra.

(Edition I)

dimanche 20 janvier 2008




Un coup de tonnerre dans le sable,
Et le bleu assourdissant.
Ma gloire fanée au sommet du pyramidion
Et l'or terni d'un empire décadent,
Pleurent la belle Sirius à la source des étoiles.
Le reflet exquis des pluies d'Avalon
Rejoint le secret des cristaux de Lune:
Ta main couchera le sablier, fixant
Mon coeur d'éther débordant.
L'horizon se dissipe, et l'équinoxe se brise,
Le faible éclat des âmes évanescentes
Revient à l'essence des mots d'Orion.
Retourne au coeur des flammes, Phénix irisé,
Laisse moi voyager vers les cataractes infinies,
Tombant au bas des grands lacs d'argent.
Le Grand Oeuvre vit dans quelque désert,
Aride, et cruel, aux hautes dunes de safran.
Un coup de tonnerre dans le sable,
Et ce bleu assourdissant.

Un ciel morne, une atmosphère remplie d’âmes grises. Ce premier lundi d’Octobre est une journée noyée dans ce flux immuable de jours qui défilent, se ressemblant tous mais revendiquant leur droit d’exister sur leurs prédécesseurs. La musique rend la pensée féconde. D’une façon bien étrange, elle alimente la réflexion. C’est l’interprétation de chacun qui forge sa symbolique. Mon regard est rivé sur ce qui s’étend au-delà de cette fenêtre. L’enseigne de la pharmacie absorbe mon esprit dans les clignotements de ses croix électriques bleues et vertes ; m’entraînant dans un vortex qui finit par transcender ma propre conscience. Un monde est crée à l’intérieur, un autre se disloque à l’extérieur. La symétrie appelle le Chaos, le néant et le tout tentent de coexister. La croix lumineuse semble être le dernier vestige d’une réalité qui s’est déjà défragmentée sous mes yeux. Je me laisse emporter par la musique et m’enfonce un peu plus sous les draps de la solitude. C’est à moi de reconstruire ce monde ; mon monde. Ma preuve d’existence je l’abandonne à cette enseigne électrique et descends dans les strates ténébreuses de mon âme ; pour y trouver la force de rebâtir ce que je suis en train de perdre.


I don’t wanna be old and sleep alone


Comme Kafka Tamura je ressens le malaise de l’être, mais contrairement à lui je ne suis pas sous le joug d’une malédiction. Ou peut être suis-je ma propre malédiction.


La plume est interprète de l’âme


Est-ce vrai ? Suis-je en train de commettre un acte purement créateur ou cette écriture devient elle nécessaire pour me prouver que je suis au Monde ? Ne suis pas un doublon d’Agilulfe, coincé dans son statut de chevalier inexistant ? La croix s’illumine une fois de plus et me rappelle à l’ordre. Il faut que je retourne dans l’autre réalité, celle à laquelle j’appartenais avant d’entrer dans la sphère de mon esprit. Je ressors de cette caverne d’ébène, sillonne une fois de plus la route qui me conduit vers cette vérité matérielle que je connais depuis dix neuf années déjà.
Les chaises de bois sont inoccupées, les tables appellent des plateaux, des plats, des boissons pour calmer leur solitude. La faible lueur du jour se réfléchit sur ces surfaces polies à la cire d’abeille. La croix scintille toujours; à vrai dire, elle ne s’est jamais arrêtée de scintiller.



Mon galion prend l'eau, il est percé de toutes parts, cassé de tous les côtés - il coule. Il brûle ardemment, tout à son bord devient poussière et s'envole dans la nuit noire; mes espoirs, mes joies, mon amour, mes souvenirs. Je suis laissé, abandonné à la barre, amiral décadent de mon état, je suis corrompu par quelque chose que je croyais ne jamais pouvoir arriver et pourtant, je suis devant le fait accompli : je me suis trompé, et je suis tout seul, sur ce raffiot qui tend vers les abysses. Quelles sont les eaux qui vont me prendre ? Des eaux glaciales de l'extrême Nord, joignant à leur blancheur stérile des montagnes de glace, immenses, dangereuses, mortelles ? Ou bien mon âme se noiera t-elle dans ces lacs tropicaux, aux températures envoûtantes et aux couleurs turquoises - grandes déesses liquides plus précieuses que tous les joyaux de la couronne ? Non, l'eau qui m'attend ce soir est noire, c'est l'eau de la peur, l'eau de ma propre haine; c'est mon âme voyageant parmi les ondines, démunie de grâce dans sa lourde avancée vers une éternelle oasis dont je ne connaîtrai jamais la localisation. Mes mains sont impuissantes, elles sont posées sur la barre qui elle se brise et tournoie, se casse devant mon incapacité à répondre et à reprendre le dessus. Mes mains sont impuissantes elles contiennent toute mon inaptitude à regarder la vie dans les yeux et lui dire ses mystères. J'aurais dû faire comme Corto Maltese - me tailler moi même une ligne de chance au couteau. Mon corps ne tremble plus, mes sentiments m'abandonnent - hé n'est-ce pas la première des règles que l'on suit ! " Abandonnez le navire ! ". Je ne leur en veux pas, il ne font que se plier au code. Je les vois tourner ça et là, se rejoindre, rire ensemble, pleurer , se remémorer. Ils se réunissent et apportent une lourde structure à ce voile noir qui planne au dessus de ma tête. Mon coeur, minuscule luciole perdant de son éclat m'abandonne à son tour et part les rejoindre. Il se place au centre comme un soleil dans son système, et les autres lucioles le suivent, tournent en orbite autour de lui. Mon âme est là, juste au dessus - sous la forme d'un astrolabe - avec ses multiples cercles et ses globes dont j'ai essentiellement fourni la matière. Je vacille pendant un moment et rebaisse les yeux à terre, où je vois cette eau poisseuse qui m'est déjà arrivée aux chevilles. Si mon orgueil n'avait pas été le plus fort comme d'habitude, qui dit que je serais en train de couler ?! Non je serais encore sur mon galion , la barre entre les mains, sillonant les mers infinies de mon esprit ! Une bouteille à la mer ? Les larmes coulent à flots sur mes joues tandis que l'astrolabe accélère la cadence, comme pour insuffler à toute cette scène pathétique le rythme du dernier mouvement d'une symphonie, dont les cordes des violons crissent en signe de désespoir. Ou est ce pour m'inciter à réagir ? Je ne sais pas... Je ne sais pas ! Laissez moi maintenant ! J'enfouis mon visage dans mes mains et libère ce cri destructeur qui côtoie les frontières de mon corps depuis tant de décennies. Suis je vraiment en train de perdre la partie ? Autour de moi tout est feu, tout est noir, tout ne sert plus à rien. Je fais partie d'une Existence qui se défragmente. Le rythme s'accélère, les tambours me criblent de leurs reproches, ils martèlent mon corps de leur affinité sismique sur mon âme flottante presque. Je ré-ouvre les yeux, tout tournoie, tout se succède mais tout replonge dans le néant, le flux paraît incontrôlable. Attends. J'ai déjà vu ça quelque part... Oui ça y'est je me souviens. Ce torrent de pensées indomptable, tu l'as déjà vécu. Tout est cycle, tout part et tout revient. Suis je dans le cycle ? Mon prestige va t-il revenir ? L'astrolabe va t-il enfin se briser pour me rendre mon âme ? L'eau est à la hauteur de ma taille. Le rythme s'accélère. Il est trop tard de toutes les manières. La balance ne prend même pas la peine d'osciller entre mes maigres espoirs et les poids qui surplombent mon fardeau et qui s'ajoutent à la valeur de toutes les phrases depuis le début. Je dois mettre fin à tout ça, je dois sceller ce qui ne peut être fermé. Je dois verrouiller une porte sans cadenas, bâtir un point final pour un texte qui ne devrait pas en comporter. Si je fais ça je rompts moi même le torrent de pensées et d'idées qui déferle à l'intérieur de mon esprit depuis tout à l'heure. L'eau est froide, cette mélasse a déjà atteint mon cou, je n'en ai plus pour longtemps. Fais le, fais le... Fais le bon sang ! Casse la syntaxe, ré absorbe tes phrases, tes mots, tes morphèmes - la moindre lettre que tu trouveras, la plus petite occurrence de ponctuation que tu verras ! Casse la barrière et repasse de l'autre côté du miroir, il ne reste que toi, ***** ! Ne nous fais pas défaut ! Mets fin à toute cette mascarade !

Fais le maintenant !

Son galion prend l'eau, mais le temps s'est arrêté, l'astrolabe a interrompu sa course. L'eau reste à son cou, le feu dévore la même planche; la même voile indéfiniment. Et moi, menant ma propre barque au sortir du miroir d'améthyste, je navigue à nouveau sur le lac fixe de mon état conscient. J'entends encore ses paroles suppliantes, sa voix qui résonne dans la demi carcasse de son navire, et toute la confiance qu'il a placée en moi pour le sauver de la noyade. Je pagaie vers la sortie, avec tout ce tableau de désolation qui me suit, telle une nouvelle ombre blanche allumée par un soleil noir estompé. La symphonie a freiné son avancée, le quatrième mouvement fini, il ne lui reste plus que son cinquième. Je relève les yeux et regarde vers la réalité qui se fait toute proche, je ne vais pas tarder à la rejoindre - il nous reste le cinquième, et je te sauverai, un jour ou l'autre je te sauverai, je te le promets. Il est temps pour moi, vieux frère, d'exaucer ton voeu - je vais casser la syntaxe, et me renvoyer dans le monde des réels. Attends moi au plus profond de l'énigme des Arcanes, je vais venir te prêter main forte, j'en fais le serment.



Cette phrase, c'est la totalité des paroles qui sont condamnées à rester latentes - c'est le spectre du langage à jamais renvoyé dans les limbes de la mort. Quelle vérité, quelle existence possible pour ce qui reste tapis dans le virtuel ? Peut on accueillir à bras ouverts une silhouette en pointillés, totalement vide ? La non présence du signifiant et de son signifié; et l'exil forcé du référent par l'énonciateur - plongeant son désir et sa possibilité d'actualisation dans les ténèbres les plus épaisses. Toute la charge du désastre pèse sur un " potentiellement ", car en lui-même, et dès sa réalisation, il s'efface, laissant pour seule preuve du flux qui l'a autrefois animé un creux, une altération absolue de sa constitution. Outre l'évanouissement du langage, c'est l'amour propre de l'énonciateur qui se glace et éclate, comme pour accompagner la felure provoquée par un phonème absent, retiré, refoulé.

Sur le balcon comme un oiseau,
Je projette de m'envoler sans entrave.
Sur les sentiers comme un vagabond,
J'envisage de trouver ma moitié perdue.
Sur l'océan comme un marin,
J'espère tirer des tréfonds l'or de mon destin.

Et ce vent qui me transporte et qui
Serre mon corps contre la douceur des nuages.
Et ce paysage qui m'appelle et qui
Exorte mes yeux à livrer leur eau cristalline.
Et ce continent liquide qui m'enchante et qui
Etreint mon âme contre la chaleur du coeur de ses ondines.

Ces trois éléments fondamentaux à toute ma pleine existence,
Rallument et attisent le feu dévorant qui sommeillait en moi jusque
Dans les limbes de mon imagination, là-bas peu à peu,
L'ombre grandissante d'Orphée couvre et sublime mes sentiments.

Et la lyre, magnifique et transcendentale, puisera
Dans la source du Fleuve de mes pensées et y verra
Cette emeraude éclatante des sylphides.
Et la lyre, envoûtante et intemporelle, trouvera
Ce grand coffre enchaîné aux plaques d'argent et y découvrira
Ce saphir étincelant des ondins.
Et la lyre, puissante et délicate, percera
Le secret des esprits de la création et en tirera
Ce rubis brûlant des salamandres.

Joyaux triomphants, dans quelques grands et profonds mystères,
Eveillent un monde jusques alors teinté de gris,
Les cordes fines et légères invoquent l'écho des eaux endormies,
Goutte de vie et fleurs d'aquarelles, sont renaissance
De ce lac de couleurs chaudes et animées.

Danse le Génie de mon inspiration.
Danse la Muse de mon imagination.
Dansez à votre gré et venez tous deux éclairer
De votre lumière aveuglante, la terrible stérilité,
Blancheur effrayante, de cette page que je regarde,
Observe, contemple et convoite.

Le linceul de l'instant présent s'étend, grand, étoilé, teinté des sentiments éphémères. Le globe du feu ardent virevolte et s'empare de ces morceaux, imbriqués, du grand avatar du ressenti. Quand l'eau douce se mêle à ce feu et distille chaque parcelle de lumière entravée par ce monde personnel et fragmentaire, c'est là qu'elle frappe -
Un son vide, un son de l'absence; retentit et ré avale dans le Tartare, la profusion des éléments incandescents - planants çà et là, au dessus de cette oasis intarissable que tu es. Mais toi qui viens avec la dissonance, toi qui n’es que l'image de l'altération, que veux-tu corrompre en invoquant la banquise et le désert?
La distillation est gagnée par les gels de ta volonté ô redoutable Son. Que viens-tu lacérer ce voile stellaire, hurlant de douleur s'en remettant à l'athanor de Chronos ? D'où te viennent la haine et la colère flamboyantes dans ton grand oeil rouge ?
Je suis nu face à toi et désarmé- tu as grandis dans ce grand flot noir que je n'aurais su prévoir, accompagné de ce son qui me glace et m'exile hors du domaine de la Présence.
La ligne des songes se raidit et se brise, l'onde atteint la berge et voyage en dehors des frontières - la Terre devient Eau et Eau la Terre,
Rafales par milliers me heurtent et m'emportent, loin de tout, loin de Moi -La résonnance est à mon Etre ce que la dissonance est à ta Corruption,
Ce son déjà, catastrophe d'Icare, m'estompe et me perd.



Halo de poussière du plus profond de mon âme,
toi que les années n'ont en rien effacé - lien d'argent
de mes sentiments, adéquation de mes humeurs.
Dos à dos nous sommes une fois de plus, sans
nous contempler l'un l'autre telle est la règle - main
dans la main nous restons alors que nos consciences
vacillent, à la faveur de l'autre, miroir de l'eau de nos rêves,
éternel.



Tu es le jour comme je suis la nuit - insaisissable felure dans
l'espace de notre coexistence - Je suis la Lune et tu en es la face
cachée aux yeux de tous, brillant comme un phare au plus profond
de mon esprit - récupère les pensées qui s'égarent, redonne le pouvoir
de naviguer à ton bateau qui n'a plus de voiles - déchirées, par toutes
les tempêtes du ressenti.



Reminiscence de la présence, tu es mon ombre comme je suis
la tienne - noire ou blanche selon notre nature.
Et le versant éclairé te révèle au grand jour, assis dans l'herbe
rare à contempler les nuages - que je sculpte selon les variations de mon âme.



Je suis la symphonie pure et tu en es la distorsion, implaquable
désacord qui casse la portée et altère la rythmique.
Mais tu n'es pas seul et les sons s'assemblent, comme pour
sublimer ces deux fragments que nous sommes, jumeaux
à jamais différents - mais qui complètent la pièce manquante
de l'être.



Aide moi, je suis le silence de toute musique comme
tu es le vide dans la profusion.
Nous sommes ici, harmonie de la dissonance.


Je m'avance sans peur et sans regrets au milieu de la grande cour, glacée par cette nuit de Janvier. Seuls les quelques réverbères osent éclairer la surface plane et inintéressante d'une place pavée, perdue en quelque endroit du monde - mais que je connais, moi. Je suis fatigué, vraiment épuisé, et je l'admets : j'ai beaucoup de mal à rester ne serait-ce que debout. Mes yeux moribonds sondent le vide pour y trouver une parcelle de réconfort, un port d'attache - une toute petite chose qui accueillerait mon désir de jeter l'ancre, et de cesser l'errance sans but qui me hante et qui m'anime. Car elle est bien là, elle me ronge. Le froid hivernal mord mon corps de ses crocs, et me rappelle à l'ordre. Je l'étreins et la regarde une dernière fois, replonge mon regard dans ses courbures noires, encore captif de ce contraste qui la régit, et qui possède toujours un grand empire sur moi. Plutôt que de parler de solution, plutôt que de prononcer le mot de nécessité, je crois que c'est juste autre chose. Quelque chose de plus simple : une étape. Un des seuils que je dois passer dans l'ascension de l'escalier des réels. Ce n'est pas un obstacle, ce n'est pas une hantise - elle n'existe pas en tant qu'anima de ma présence , elle est simplement moi même, une partie communiquant avec d'autres instances. Elle est un élément à la fois détaché et enraciné de mon esprit, et dès sa naissance, elle a décidé de s'accomplir, pour moi et pour elle, c'est comme ça que nous la concevons. Son existence repose dans une fin que je ne suis pas apte à comprendre, et peut être même accepter ; je peux le dire : elle me dépasse. Mais une fois partie, ressentirai-je la même sensation de plénitude, l'extraordinaire sérénité qui me recouvrait ? Et puis l'addiction, les erreurs égarées, les apories acceptées et filées...
Je dois le faire - pour achever ce qu'elle avait commencé d'achever, pour remettre à l'univers cette part de moi-même si ardente, cette part du feu.

Le Loup du solstice continue à mordre avec puissance, tandis que ma main cherche le briquet dans ma poche. Un cliquetis, et la famine hystérique s'empare d'elle. Le génie rougeâtre dévore le papier, l'encre distillée rejoint les confins de la nuit - je la lâche vers le sol. Le radeau descend, plein de legèreté, se consumant , lui et sa présence dans le monde. Elle touche la terre, la mystique est libérée. Le langage brise le carcan et reprend sa place dans l'insaisissable, l'inspiration tournoie en spirale au dessus de ma tête - le feu gagne le terrain entier, mais n'immole rien. Alors que moi même je suis sa proie, je vois les lettres d'encre épaisse chanter comme les sirènes et remonter le courant des flammes, comme pour retourner à l'origine - mon coeur et mon esprit. Bientôt, la grande aiguille indique la fin, tout se termine en un battement de paupières. Il ne reste rien, l'intégralité est retourné au cosmos. L'Ordre et le Chaos se sont stabilisés, attendant, ensommeillés, leur prochaine rencontre afin d'enfanter le langage.
Je remets le briquet dans ma poche, mon regard encore teinté des sentiments ignifuges. Je repars, empruntant le même sentier qu'à l'aller, mais celui ci me paraît différent, et c'est à cette pensée que je sais que j'ai perdu quelque chose, quelque chose qui s'est envolé dans l'impalpable. Mais ce sentiment, bizarrement, me semble doux. La fatigue disparaît un peu, je prends le chemin du retour et, m'en étant extirpé juste pour une heure, je reprends ma place, laissée vacante, dans la chronologie des évènements.