
Un ciel morne, une atmosphère remplie d’âmes grises. Ce premier lundi d’Octobre est une journée noyée dans ce flux immuable de jours qui défilent, se ressemblant tous mais revendiquant leur droit d’exister sur leurs prédécesseurs. La musique rend la pensée féconde. D’une façon bien étrange, elle alimente la réflexion. C’est l’interprétation de chacun qui forge sa symbolique. Mon regard est rivé sur ce qui s’étend au-delà de cette fenêtre. L’enseigne de la pharmacie absorbe mon esprit dans les clignotements de ses croix électriques bleues et vertes ; m’entraînant dans un vortex qui finit par transcender ma propre conscience. Un monde est crée à l’intérieur, un autre se disloque à l’extérieur. La symétrie appelle le Chaos, le néant et le tout tentent de coexister. La croix lumineuse semble être le dernier vestige d’une réalité qui s’est déjà défragmentée sous mes yeux. Je me laisse emporter par la musique et m’enfonce un peu plus sous les draps de la solitude. C’est à moi de reconstruire ce monde ; mon monde. Ma preuve d’existence je l’abandonne à cette enseigne électrique et descends dans les strates ténébreuses de mon âme ; pour y trouver la force de rebâtir ce que je suis en train de perdre.
I don’t wanna be old and sleep alone
Comme Kafka Tamura je ressens le malaise de l’être, mais contrairement à lui je ne suis pas sous le joug d’une malédiction. Ou peut être suis-je ma propre malédiction.
La plume est interprète de l’âme
Est-ce vrai ? Suis-je en train de commettre un acte purement créateur ou cette écriture devient elle nécessaire pour me prouver que je suis au Monde ? Ne suis pas un doublon d’Agilulfe, coincé dans son statut de chevalier inexistant ? La croix s’illumine une fois de plus et me rappelle à l’ordre. Il faut que je retourne dans l’autre réalité, celle à laquelle j’appartenais avant d’entrer dans la sphère de mon esprit. Je ressors de cette caverne d’ébène, sillonne une fois de plus la route qui me conduit vers cette vérité matérielle que je connais depuis dix neuf années déjà.
Les chaises de bois sont inoccupées, les tables appellent des plateaux, des plats, des boissons pour calmer leur solitude. La faible lueur du jour se réfléchit sur ces surfaces polies à la cire d’abeille. La croix scintille toujours; à vrai dire, elle ne s’est jamais arrêtée de scintiller.
Les chaises de bois sont inoccupées, les tables appellent des plateaux, des plats, des boissons pour calmer leur solitude. La faible lueur du jour se réfléchit sur ces surfaces polies à la cire d’abeille. La croix scintille toujours; à vrai dire, elle ne s’est jamais arrêtée de scintiller.