
Cette phrase, c'est la totalité des paroles qui sont condamnées à rester latentes - c'est le spectre du langage à jamais renvoyé dans les limbes de la mort. Quelle vérité, quelle existence possible pour ce qui reste tapis dans le virtuel ? Peut on accueillir à bras ouverts une silhouette en pointillés, totalement vide ? La non présence du signifiant et de son signifié; et l'exil forcé du référent par l'énonciateur - plongeant son désir et sa possibilité d'actualisation dans les ténèbres les plus épaisses. Toute la charge du désastre pèse sur un " potentiellement ", car en lui-même, et dès sa réalisation, il s'efface, laissant pour seule preuve du flux qui l'a autrefois animé un creux, une altération absolue de sa constitution. Outre l'évanouissement du langage, c'est l'amour propre de l'énonciateur qui se glace et éclate, comme pour accompagner la felure provoquée par un phonème absent, retiré, refoulé.