
Je m'avance sans peur et sans regrets au milieu de la grande cour, glacée par cette nuit de Janvier. Seuls les quelques réverbères osent éclairer la surface plane et inintéressante d'une place pavée, perdue en quelque endroit du monde - mais que je connais, moi. Je suis fatigué, vraiment épuisé, et je l'admets : j'ai beaucoup de mal à rester ne serait-ce que debout. Mes yeux moribonds sondent le vide pour y trouver une parcelle de réconfort, un port d'attache - une toute petite chose qui accueillerait mon désir de jeter l'ancre, et de cesser l'errance sans but qui me hante et qui m'anime. Car elle est bien là, elle me ronge. Le froid hivernal mord mon corps de ses crocs, et me rappelle à l'ordre. Je l'étreins et la regarde une dernière fois, replonge mon regard dans ses courbures noires, encore captif de ce contraste qui la régit, et qui possède toujours un grand empire sur moi. Plutôt que de parler de solution, plutôt que de prononcer le mot de nécessité, je crois que c'est juste autre chose. Quelque chose de plus simple : une étape. Un des seuils que je dois passer dans l'ascension de l'escalier des réels. Ce n'est pas un obstacle, ce n'est pas une hantise - elle n'existe pas en tant qu'anima de ma présence , elle est simplement moi même, une partie communiquant avec d'autres instances. Elle est un élément à la fois détaché et enraciné de mon esprit, et dès sa naissance, elle a décidé de s'accomplir, pour moi et pour elle, c'est comme ça que nous la concevons. Son existence repose dans une fin que je ne suis pas apte à comprendre, et peut être même accepter ; je peux le dire : elle me dépasse. Mais une fois partie, ressentirai-je la même sensation de plénitude, l'extraordinaire sérénité qui me recouvrait ? Et puis l'addiction, les erreurs égarées, les apories acceptées et filées...
Je dois le faire - pour achever ce qu'elle avait commencé d'achever, pour remettre à l'univers cette part de moi-même si ardente, cette part du feu.
Le Loup du solstice continue à mordre avec puissance, tandis que ma main cherche le briquet dans ma poche. Un cliquetis, et la famine hystérique s'empare d'elle. Le génie rougeâtre dévore le papier, l'encre distillée rejoint les confins de la nuit - je la lâche vers le sol. Le radeau descend, plein de legèreté, se consumant , lui et sa présence dans le monde. Elle touche la terre, la mystique est libérée. Le langage brise le carcan et reprend sa place dans l'insaisissable, l'inspiration tournoie en spirale au dessus de ma tête - le feu gagne le terrain entier, mais n'immole rien. Alors que moi même je suis sa proie, je vois les lettres d'encre épaisse chanter comme les sirènes et remonter le courant des flammes, comme pour retourner à l'origine - mon coeur et mon esprit. Bientôt, la grande aiguille indique la fin, tout se termine en un battement de paupières. Il ne reste rien, l'intégralité est retourné au cosmos. L'Ordre et le Chaos se sont stabilisés, attendant, ensommeillés, leur prochaine rencontre afin d'enfanter le langage.
Je remets le briquet dans ma poche, mon regard encore teinté des sentiments ignifuges. Je repars, empruntant le même sentier qu'à l'aller, mais celui ci me paraît différent, et c'est à cette pensée que je sais que j'ai perdu quelque chose, quelque chose qui s'est envolé dans l'impalpable. Mais ce sentiment, bizarrement, me semble doux. La fatigue disparaît un peu, je prends le chemin du retour et, m'en étant extirpé juste pour une heure, je reprends ma place, laissée vacante, dans la chronologie des évènements.
Je dois le faire - pour achever ce qu'elle avait commencé d'achever, pour remettre à l'univers cette part de moi-même si ardente, cette part du feu.
Le Loup du solstice continue à mordre avec puissance, tandis que ma main cherche le briquet dans ma poche. Un cliquetis, et la famine hystérique s'empare d'elle. Le génie rougeâtre dévore le papier, l'encre distillée rejoint les confins de la nuit - je la lâche vers le sol. Le radeau descend, plein de legèreté, se consumant , lui et sa présence dans le monde. Elle touche la terre, la mystique est libérée. Le langage brise le carcan et reprend sa place dans l'insaisissable, l'inspiration tournoie en spirale au dessus de ma tête - le feu gagne le terrain entier, mais n'immole rien. Alors que moi même je suis sa proie, je vois les lettres d'encre épaisse chanter comme les sirènes et remonter le courant des flammes, comme pour retourner à l'origine - mon coeur et mon esprit. Bientôt, la grande aiguille indique la fin, tout se termine en un battement de paupières. Il ne reste rien, l'intégralité est retourné au cosmos. L'Ordre et le Chaos se sont stabilisés, attendant, ensommeillés, leur prochaine rencontre afin d'enfanter le langage.
Je remets le briquet dans ma poche, mon regard encore teinté des sentiments ignifuges. Je repars, empruntant le même sentier qu'à l'aller, mais celui ci me paraît différent, et c'est à cette pensée que je sais que j'ai perdu quelque chose, quelque chose qui s'est envolé dans l'impalpable. Mais ce sentiment, bizarrement, me semble doux. La fatigue disparaît un peu, je prends le chemin du retour et, m'en étant extirpé juste pour une heure, je reprends ma place, laissée vacante, dans la chronologie des évènements.